Les 100 ans de Maria Casares

Maria Casarès et Gérard Philipe, répétitions du Cid, Festival d’Avignon 1958 répétitions du Cid 
Photographie : Agnès Varda
© succession agnès varda – fonds déposé à l’Institut pour la photographie

C’est la fête au domaine de La Vergne : Maria Casarès aurait eu 100 ans !

Retrouvez les animations du centenaire dans le programme joint.

Plus d’informations sur le site de l’association « Maison Maria Casares » : http://mmcasares.fr/calendrier/centenaire-de-maria-casares

Lectures en Avignon

  • « Les enfants terribles : Maria Casares et Gérard Philipe »

La lecture-spectacle, à partir des archives et de la correspondance de ces deux jumeaux de la scène et de l’écran des années 1950, s’est donnée le 11 juillet 2022 aux jardins de Mons de la Maison Jean Vilar.

dramaturgie : Johanna Silberstein – partenariat Maison Maria Casares / Maison Jean Vilar

https://maisonjeanvilar.org/event/les-enfants-terribles-maria-casares-et-gerard-philipespectacles-lectures/

  • « Gérard Philipe – Jean Vilar, Correspondances« 

Anne-Marie Philipe et Stanislas Nordey lisent les lettres et font entendre les correspondances multiples entre ces deux géants de la scène avignonaise : le 21 juillet, aux jardins de Mons de la Maison Jean Vilar.

Montage : Anne-Marie Philipe – organisateur : Association Jean Vilar

Le parc

La maison fait face à un vaste parc arboré qui a su garder l’allure campagnarde et apaisante qui avait tant plu au couple Philipe. Un marronnier imposant, qui a certainement vu les essais de jardinage de l’acteur, domine la vaste pelouse régulièrement fauchée et ponctuée de carrés maraîchers. Les serres sont assez délabrées, mais l’alignement des murets et des sentes cimentées témoigne du goût des années 1950. C’est le cas également pour la roseraie, sagement alignée le long de l’allée plantée, bien parallèle au cours de la rivière. En revanche, plus de trace du parterre arrondi que l’on voit sur les vieilles photos en noir et blanc. Sous les fenêtres désormais fermées, c’est la permaculture et la protection des insectes qui sont à l’honneur. Les terrasses sont plantées d’arbres fruitiers entrentenus par le maraîcher bio Alain Crochot. Des ruches s’y étagent et donnent un miel savoureux récolté par l’apicultrice Bénédicte de Pous. Alors que la grande ville est à deux pas et que le sommet d’un ou deux immeubles pointe au dessus des arbres, un joyeux fouillis de fleurs et plantes colorées occupe le centre de la prairie, sous la garde des bénévoles de l’association « Les incroyables comestibles ».

Le parc n’est ouvert au public qu’occasionnellement, en attendant la restauration. Il faut profiter des portes ouvertes et encore des fêtes organisées par la ville pour venir profiter de ces beaux espaces sur les berges de l’Oise.

La « Maison Maria Casarès » rend visite à la « Maison d’Anne et Gérard Philipe »

C’était au tour des responsables de la maison Maria Casarès de venir, le 17 février,  à Cergy pour une rencontre entre l’ élue à la culture, le service cuture de Cergy et l’association de la maison d’Anne et Gérard Philipe.

 La visite a débuté par une découverte de l’Axe majeur et la passerelle de Dani Karavan, avec l’amphithéâtre Gérard Philipe. Tout au long de cette promenade jusqu’à la maison des bords de l’Oise, ont été évoqués l’apport du couple Philipe aux pratiques artistiques et à leur engagement culturel et social et aux liens qui les rapprochaient à Maria Casarès.

La découverte de l’intérieur de la maison d’Anne et Gérard Philipe a suscité des réflexions autour du projet de valorisation et des différents types d’actions culturelles envisageables, notamment par des résidences d’écriture.

Les participants en ont d’ailleurs profité pour se rendre dans l’ancienne maison du jardinier, Mr Brunet. Même si sa rénovation n’est pas encore prévue dans les travaux de restauration, l’utilisation de l’habitation de ce proche du couple Philipe demeure néanmoins une solution adaptée pour l’accueil de futures résidences d’artistes.

La « Maison Maria Casarès » sera l’un des partenaires privilégié dans la réflexion du projet d’établissement en cours d’ élaboration.

L’habitation de Mr Brunet, lieu
d’accueil de futurs résidents ?
La vue de la fenêtre de la maison
de Mr Brunet sur l’Oise

Nucléa

C’est une pièce d’Henri Pichette, mise en scène et jouée par Gérard Philipe, et créée au TNP le 4 mai 1952. Jean Vilar est alors conscient de l’audace dont il fait preuve : « présenter dans une salle de 2 800 places l’œuvre d’un jeune poète de vingt-six ans, confier la mise en scène à un acteur de vingt-huit ans, Gérard Philipe, et la musique à un compositeur de vingt-quatre ans, Maurice Jarre, et engager dans ce projet les meilleurs éléments de la troupe du TNP ainsi que les techniciens du théâtre. » (voir l’analyse de Joël Huthwohl, directeur du département des arts du spectacle de la BNF : “Tellur, Yllen et la stéréo. Musique, sons et voix dans Nucléa au TNP en 1952”, Revue Sciences/Lettres [en ligne], 6 | 2019).

Se plonger aujourd’hui dans le texte de cette pièce, surtout connue pour avoir attisé les polémiques et avoir fait fuir le public, fait percevoir l’exigence de toute une équipe de jeunes créateurs, assoiffés de grandes valeurs et animés par une quête d’absolu. Après une première partie hallucinée où la guerre obsédante et terrifiante se cauchemarde dans une muliplicité de voix, le fil conducteur de l’Amour idéalisé permet aux personnages de se construire en couples contrastés et figures archétypales (le romanesque, le passionné, le soupirant…). Le duo amoureux de Tellur, incarné par Gérard Philipe, et Yllen, incarnée par Jeanne Moreau, termine la pièce dans un lyrisme d’autant plus exalté qu’il célèbre la symbiose avec la Nature. « Mon amour est au monde et mes yeux sont ouverts », p. 75.

Non seulement le style est bien daté, chargé de symboles et d’images appuyées, esquivant toute tension narrative, mais la peinture des relations entre femme et homme n’est pas préservée de stéréotypes difficilement acceptables aujourd’hui. Il reste que la peinture du couple idéal, environné de forces torturées et torturantes, traduit la fébrilité de ces jeunes artistes et une inquiétude émouvante que l’on peut lire comme celle de l’avant-garde artistique de l’après-guerre. Certes, ce long poème dramatique imite souvent sans prudence particulière les formes de la tragédie antique, avec rôle confié au choeur et présence progressivement plus marquée du vers. Mais il n’est pas difficile d’y entendre une tension pour les recherches formelles et la quête d’un idéal. Le fait que Gérard Philipe ait tant soutenu la pièce de son ami fait comprendre combien il était lui-même attaché à cette quête.

La pièce est structurée en 3 mouvements autour une courte deuxième section (3 pages), intitulée « La parole éveillée », qui fait basculer du cauchemar au rêve éveillé. Elle dit explicitement l’idéal poursuivi, et l’on se prend à la lire en pensant au couple que formaient Anne et Gérard :

« Tellur rendait justice à Yllen, car Yllen équilibrait Tellur. Ils ne s’étaient rien juré, ils s’étaient obtenus d’enthousiasme. Ils ne s’étaient pas interdit leur passé, ils s’étaient confié leur destin; et chacun se donnait en présent chaque jour. Ils étaient une même chair sous la caresse et dans le transport ; que l’un souffrît, l’autre s’élevait en remède; tant que de leur cohésion naissait leur entreprise. Ils s’employaient à s’accueillir, à se connaître, à se répondre, à se résoudre; ils s’éclairaient de leurs désirs, se prévenaient de leurs actions. […] Et c’était bien ainsi, d’autant que leur siècle singulièrement tragique passait pour le plus escarpé que le monde eût jamais gravi. », p. 41-42.

La voix de Gérard Philipe

Découvrez les podcasts pédagogiques de la BNF « Entendre le théâtre » : 7 épisodes retracent l’évolution des voix qui ont marqué le théâtre français du 20e siècle.

Julia Gros de Gasquet consacre le premier épisode à la voix de Gérard Philipe. Des enregistrements audio de ses interprétations de Musset (On ne badine pas avec l’amour) ou Victor Hugo (Ruy Blas) côtoient des extraits plus inattendus de pages de Karl Marx.

http://classes.bnf.fr/echo/philipe/index.php

Impressions sur « Spirale », poème symbolique de la vie et du temps  

Le talent d’écrivain d’ Anne Philipe a été dévoilé à la lecture de son livre Le temps d’un soupir dans lequel elle décrit avec émotion et sensibilité le départ de son mari et l’apprentissage de l’absence.

Il faut poursuivre la découverte de l’auteure, dans ce qui pourrait être le prolongement de cette nécessaire et douloureuse acceptation du départ de l’être aimé, dans Spirale.  Ce livre, paru en 1971 va au-delà du récit du Temps d’un soupir, qui était une méditation sur les jours heureux, emplis de bonheur et d’amour et qui ne seront plus.  

Spirale est un hymne à la beauté de la nature et aux rencontres éphémères.  

Les paysages contemplés, les émotions ressenties, les senteurs enivrées, les personnages croisés, les instants partagés, les misères côtoyées autant de souvenirs gravés et de moments de vie quotidienne qui nous construisent et nous enrichissent. Nous ne pourrons nous séparer de ces instants éloignés, disparus et sans espoir d’être revus ou revécus.  Le temps qui passe demeure en nous et nous suit dans notre cheminement, comme une présence de l’absence.

Le livre Spirale s’empare de ce constat pour en faire simplement de la poésie. Au fil des saisons, Anne Philipe nous entraîne dans une spirale montante et pose cette question : » Arriverai-je un jour, sans effort et sans mensonge, à accepter que la plénitude d’aujourd’hui, le raisin murissant, les figues éclatées, l’arbre superbe, les enfants, moi-même, ne soyons qu’un moment ? »

 Des phrases à goûter en pensant à la souffrance éprouvée, lorsque la lecture d’un texte nous surprend à philosopher en une spirale comme cercle en mouvement et jamais achevé.    

Et si c’était seulement cela que l’on appelle La poésie.

Bruno Gruel

Pour citer cet article : Bruno Gruel, « Impressions sur Spirale, poème symbolique de la vie et du temps », site de l’Association de la Maison d’Anne et Gérard Philipe, [mis en ligne le 19 février 2022] : https://maisonanneetgerardphilipe.fr/category/livres/.