FAN CLUB
par Lucie Bombasaro et Elena Bonini
« Chaque matin le courrier faisait déborder sur la table les lettres d’affaires et les lettres de fans, admiratrices un peu folles, maniaques, demoiselles éperdues, tapeurs »
Claude Roy, « La Maison de Cergy »
Notre projet de duo pour la bourse tremplin Anne et Gérard Philipe croise littérature et illustration. Il s’appuie sur le motif de l’étoile et sur la forme simple de la lettre : entre courrier du coeur, lettre de fan et témoignage d’amour au sens large. Nous prendrons pour point de départ les archives du couple et plus spécifiquement les lettres d’admirateurices dans lesquelles nous procéderons à une forme de collecte qui pourra être ré-employée à la fois au cours des ateliers et dans notre co-écriture. Les ateliers avec le jeune public seront l’occasion d’adresser des courriers ou petits dons aux figures d’ « étoiles » qui comptent pour elles et eux : une idole, une figure proche, une figure du passé ou inventée. Notre projet de création quant à lui, prendra la forme d’un livre dans lequel texte et image déploieront ce geste autrefois banal et aujourd’hui significatif, de poster une lettre. Dans la continuité de nos travaux communs, nous souhaitons explorer le format de l’album, habituellement adressé à la jeunesse. Nous l’envisageons comme un espace narratif idéal où texte et image forment un langage indivisible, avec une portée d’imaginaire et d’émerveillement aussi bien adaptée à un lectorat adulte. L’enjeu souterrain sera de penser ce qui fait la trajectoire et la longévité d’une étoile. Notre proposition se nourrira de la pluralité des formes du discours d’amour, des star-studies et de l’esthétique fan, et d’un regard qui prend en compte aussi bien l’idole que ses soutiens invisibles, premiers maillons du travail affectif et conservatoire de la mémoire des mythes.

Lucie Bombasaro est diplômée de l’ESAM, école des Beaux-Arts de Caen, son travail s’articule aujourd’hui entre l’illustration, la marionnette et l’intervention artistique.
Elena Bonini est doctorante en littérature comparée, sa thèse porte sur un artiste discret, Jean-Pierre Le Goff, qui a diffusé une grande partie de son oeuvre par voie postale.
