Till l’espiègle

Un article de Camille Beaujeault

« Genèse d’une œuvre : Les Aventures de Till l’Espiègle ou l’épopée « im »populaire de Gérard Philipe« 

https://doi.org/10.4000/1895.4828

Référence :

Camille Beaujeault, « Genèse d’une œuvre : Les Aventures de Till l’Espiègle ou l’épopée « im »populaire de Gérard Philipe », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze [En ligne], 73 | 2014, mis en ligne le 01 septembre 2017.

La lettre à Mélinée

A l’heure de l’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian (le 21 février 2024), les lecteurs de la dernière lettre se succèdent avec bonheur sur les plateaux. Rappelons-nous que Gérard Philipe fut un des premiers à la lire publiquement. Il faisait preuve ainsi de sa sympathie communiste et d’un engagement humaniste qui ne l’a pas quitté jusqu’à sa propre disparition, au même âge, à 15 ans d’intervalle.

Où et quand l’a-t-il lue ?

Gérard Streiff signale que la lettre est « rendue publique après la guerre par Emmanuel d’Astier de la Vigerie qui la publie dans Libération. Elle sera lue par Madeleine Renaud puis par Gérard Philipe en 1953 » (Missak et Mélinée Manouchian. Un couple en résistance, préface de Didier Daeninckx, Paris, L’Archipel, 2024, p. 153). Notons que les Strophes pour se souvenir d’Aragon datent seulement de 1955. Aragon avait été sollicité longuement par les survivants des FTP-MOI avant d’accepter de rendre ce vibrant hommage (cf. la correspondance avec Raymond et Claude Lévy en 1951, signalée dans : Georges Kantin, Gilles Manceron, Les Échos de la mémoire : Tabous et enseignements de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Le Monde-éditions, 1991).

Il est possible de penser que la lecture faite par Gérard Philipe a été organisée par le PCF, comme il était d’usage à la salle de la Mutualité. Mais l’enquête reste à faire, la reconnaissance par le parti communiste ayant tardé, les lettres d’aucun des « vingt et trois » ne figurant notamment dans l’anthologie des « communistes fusillés » publiée à Moscou en 1951 (selon Daniel Bougnoux. Cf. Le vocabulaire d’Aragon, Paris, Ellipse, 2002).

Pour lire la lettre :

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/missak-manouchian-affiche-rouge-resistance-melinee-lettre

Rencontres du 20 janvier 2024

Séance de séminaire à 13h30 et Aseemblée Générale à 15h30

l’Association Maison d’Anne et Gérard Philipe et l’Unité Mixte de Recherche « Héritages : patrimoine/s, culture/s, création/s »

vous invitent à assister à la séance qui se tiendra :

Samedi 20 janvier 2024 de 13h30 à 15h30

à la Bibliothèque Universitaire des Cerclades, Mail des Cerclades à Cergy – Salle de la cartothèque, 3e étage

Interventions d’Emmanuelle Pesqué et AMarie Petitjean, dans le cadre du séminaire           « Recyclerie du patrimoine pour les écritures de demain – livre, scène, écrans »         Séance 1 : des archives à la scène

13h30 – Introduction du séminaire

13h45-14h30 – Emmanuelle Pesqué, Le premier élan de carrière théâtrale de Gérard Philipe (1940-1951) : axes de recherches, sources

Chercheure indépendante, titulaire d’un DEA (Master 2) d’Histoire, Emmanuelle Pesqué consacre son actuel chantier de recherche à la carrière de Gérard Philipe. Grâce à une recension détaillée du déroulement de sa carrière théâtrale d’avant le T.N.P, des pistes de recherches inédites se dégagent déjà. Cette présentation récapitule les objectifs de ces dépouillements toujours en cours, présente la méthodologie mise en œuvre, ainsi que les sources principales utilisées.

Discussion

14h50-15h15 – AMarie Petitjean, Des années 1950 à aujourd’hui : quelles formes pour les arts littéraires exposés ?

Renouveler les études sur le couple Philipe, c’est aussi interroger l’articulation entre le travail sur archives et les formes de médiation et de pratiques artistiques. Pour commencer à en appréhender les contours, AMarie Petitjean, professeure des universités qui porte ce séminaire, interrogera les évolutions de ce que l’on appelle aujourd’hui « la littérature exposée », à partir de quelques éléments de typologie. 

Discussion et bilan de la séance 

N.B. : La séance sera suivie à 15h30 d’une assemblée générale des membres de l’Association Maison d’Anne et Gérard Philipe. (Rejoignez-nous !)

Location de l’exposition “Gérard Philipe, icône de la jeunesse”

L’Association de la Maison d’Anne et Gérard Philipe  propose une exposition sur les liens entre Gérard Philipe et les enfants, en partenariat avec l’institut International Charles Perrault, spécialiste de littérature de jeunesse.

L’exposition se saisit du thème de l’enfance pour présenter les facettes du parcours et de l’engagement du comédien. Elle se penche tout particulièrement sur la trace qu’il a laissée pour des générations d’enfants à travers ses enregistrements sur disques. 


Fiche technique 

L’exposition « Gérard Philipe , icône la jeunesse » est composée à partir d’archives, de témoignages, de documents sonores et visuels. Elle comporte 13 panneaux mobiles sous forme de roll-up, d’une installation facile et rapide. Le montage et démontage sont à effectuer par l’emprunteur.

complément : 

Une séance de médiation culturelle peut être assurée par un animateur-rice spécialisé-e (sur demande).

Pour les plus jeunes, un bandeau de couleur rose se trouve au bas de chaque panneau : il offre des propositions d’activités simples de type recherche d’un détail visuel ou écoute d’un extrait.

Deux panneaux sont réservés aux plus grands (jusqu’au lycée) : les panneaux 10 et 13. Ils peuvent être ôtés de la sélection sans problème. Le dernier panneau, n°13, offre une surprise sous forme de proposition d’écriture. Il permet donc de prolonger l’expostion par un atelier d’écriture.

Chaque panneau est indépendant, même si un ordre a été prévu pour la lecture (ce qui justifie la numérotation). Une sélection de panneaux peut tout à fait être choisie pour une petite exposition (les tarifs restant les mêmes). 

A noter : les adultes, et notamment les personnes âgées, apprécient particulièrement cette exposition. Si les enfants découvrent en Gérard Philipe une personnalité qu’ils ne connaisent généralement pas, il n’en va pas de même pour beaucoup d’adultes, cinéphiles et spectateurs de théâtre avertis, mais aussi “anciens enfants” bercés par la voix de Gérard Philipe ou qui ont gardé des souvenirs de spectacles….

Médiation-animation : 200 € pour 1 heure + frais de déplacement et d’hébergement (le cas échéant)
Durée du prêt : 1 mois  (négociable)
Les frais d’expédition et de retour sont à la charge de la structure accueillante. Les frais annexes (expédition et assurance) seront stipulés dans le contrat de location.

Pour nous contacter 

Association de la Maison d’Anne et Gérard Philipe : amdagp95@gmail.com 

Institut International Charles Perrault : communication.iicp@club-internet.fr 


fac-similé des 12 premiers panneaux pour consultation

Commissaire de l’exposition : AMarie Petitjean

Gérard Philipe et le festival de Cannes

On le sait : Gérard Philipe est un enfant de Cannes. Il y est né le 4 décembre 1922. Et il est enterré non loin de là, dans le petit village de Ramatuel. Mais a-t-il connu le festival de Cannes ?

On peut faire remonter la naissance du festival de cinéma avant la guerre, au moment où les alliés, indignés par la victoire à la Mostra de Venise du film de propagande nazie « Les dieux du stade », décident de créer un autre festival du film, mais la première édition a Cannes a véritablement lieu en 1946. Le festival est ainsi autant une cristallisation de l’après-guerre que ne l’est la figure de Gérard Philipe.

Trois de ses films ont été présentés à Cannes :

  • « Juliette ou la clef des songes » en 1951
  • « Fanfan la tulipe » en 1952
  • « Monsieur Ripois » en 1953
Paris Match, 1972

Retour de colloque : des admiratrices….

Des étudiants de CY Cergy Paris Université ont rédigé des textes créatifs à la suite du colloque « Gérard Philipe, le devenir d’un mythe » qui s’est tenu à l’université et à la BnF les 2 et 3 décembre 2023.

Voici la manière dont Bruno Cappelle, du DU « écriture créative et métiers de la rédaction », nous parle des admiratrices de Gérard Philipe :

Annick et Gérard

« Oh ! toi, toi, toi… » Voilà ce que j’entendais jusqu’à présent à l’évocation de Gérard Philipe. J’entendais la voix gouailleuse de Madame Delmarre, une enseignante de français peu conventionnelle, surtout dans un lycée privé du Vieux-Lille, de surcroit dirigé par une religieuse, fut-elle en civil. J’entendais ce râle de désir, exagérément exprimé du haut de l’estrade, en position assise, tête renversée, bras écartés – les jambes aussi, dans la mesure de ce que permettait la courte jupe. Impossible cependant de me rappeler si nous étudiions Le Cid ou Ruy Blas. Les deux peut-être. Car durant l’année scolaire 1993-94, Madame Delmarre convoqua souvent la figure de Gérard Philipe face à ses élèves de seconde, et râla donc souvent devant eux, qui ne tardèrent pas à identifier là une forme de comique de répétition – notion acquise l’année précédente grâce à Molière et à l’austère Madame Rouannet. 

En arrivant dans l’amphithéâtre Simone Veil de l’université de Cergy le vendredi 2 décembre 2022 à 9h30, je savais donc déjà que Gérard Philipe avait été un comédien remarquable, du moins dans sa dimension plastique. Pour le reste, la découverte serait totale, à l’exception de l’identité de l’épouse de notre objet d’étude. Car si Madame Delmarre s’était bien gardée de nous parler de sa rivale Anne Philipe, la modeste bibliothèque parentale comprenait à l’époque un exemplaire de l’édition de poche du Temps d’un soupir – celle avec une photo de coucher de soleil sur une plage en couverture –, dont j’avais lu la rapide présentation au dos.

Samedi 3 décembre 2022, deuxième jour de grève à la SNCF. 18h30, je quitte Paris à bord d’un bus surchauffé. En route vers Lille, je ne repense ni à mes pieds gelés dans l’amphithéâtre cergyssois, ni à mon amnésie fessière sur les chaises trop dures de la salle de conférence de la pimpante BnF. Non. Je pense à Madame Delmarre. À vrai dire, j’envoie d’abord un message au groupe WhatsApp des Cappelle pour savoir si le best-seller d’Anne est toujours dans le patrimoine familial. Mais très vite, oui, je pense à Madame Delmarre. Se peut-il qu’elle ait applaudi Gérard Philipe sur scène ? Après un rapide calcul mental, je me dis qu’elle a plus sûrement vu Fanfan la Tulipe à la télévision. Et qu’elle a peut-être écouté Pierre et le Loup avec sa fille – près de 30 ans après, je n’ai pas oublié le prénom de cette dernière : Cunégonde. Quel dommage. Pas pour Cunégonde, pour sa maman. Car je ne doute pas un instant que le fonds constitué de courriers d’admiratrices et d’admirateurs compterait aujourd’hui une 76e lettre, signée Annick. Annick, c’est la mère de Cunégonde.

Ce fonds est une petite merveille. Les quelques extraits lus par Julia Gros de Gasquet déclinent d’une manière vivante et sensible les différents nuances de l’admiration que peut éprouver le public envers la vedette. J’y vois une matière extraordinaire pour un livre de voix ou une fiction documentée. Un chœur de fans, avec sa polyphonie et ses solos. Qu’en penseraient les ayants droit ? Et Olivia Rosenthal ?

Et voilà, les questions dans ma tête, en spirale. Est-ce qu’à l’heure des réseaux sociaux les artistes reçoivent encore de vrais courriers ? Les plus jeunes verbalisent-ils encore l’émotion que leur procure la création artistique ? Qui sont les idoles aujourd’hui ? Existe-t-il une star parmi les comédiennes et comédiens actuels ? L’artiste conserve-t-il les témoignages qu’il reçoit ? Tous ? Certains seulement ? Lesquels ? Pourquoi ?

Et puis Anne. Jalouse, fière, agacée, amusée ?

Gérard. Ému, étonné, inquiet, débordé ?

Ouvrir, lire, trier, répondre, archiver. Qui, quand, comment ?

Faites un exercice.

Pensez à une personnalité vivante que vous admirez.

Que lui écrivez-vous ?

Elle ne vous répondra pas. Pourquoi lui écrivez-vous quand même ?

Le bus ralentit, les lumières d’Euralille se font plus précises. J’abandonne mes questions, peut-être feront-elles un bout de chemin. J’en garde juste une avec moi. Juste une dont je sais qu’aucun colloque jamais ne voudra.

Trouvera-t-on un jour, dans les archives de la BnF, la lettre d’Annick à un certain Francis H. ?

Bruno Cappelle