Rencontres du 20 janvier 2024

Séance de séminaire à 13h30 et Aseemblée Générale à 15h30

l’Association Maison d’Anne et Gérard Philipe et l’Unité Mixte de Recherche « Héritages : patrimoine/s, culture/s, création/s »

vous invitent à assister à la séance qui se tiendra :

Samedi 20 janvier 2024 de 13h30 à 15h30

à la Bibliothèque Universitaire des Cerclades, Mail des Cerclades à Cergy – Salle de la cartothèque, 3e étage

Interventions d’Emmanuelle Pesqué et AMarie Petitjean, dans le cadre du séminaire           « Recyclerie du patrimoine pour les écritures de demain – livre, scène, écrans »         Séance 1 : des archives à la scène

13h30 – Introduction du séminaire

13h45-14h30 – Emmanuelle Pesqué, Le premier élan de carrière théâtrale de Gérard Philipe (1940-1951) : axes de recherches, sources

Chercheure indépendante, titulaire d’un DEA (Master 2) d’Histoire, Emmanuelle Pesqué consacre son actuel chantier de recherche à la carrière de Gérard Philipe. Grâce à une recension détaillée du déroulement de sa carrière théâtrale d’avant le T.N.P, des pistes de recherches inédites se dégagent déjà. Cette présentation récapitule les objectifs de ces dépouillements toujours en cours, présente la méthodologie mise en œuvre, ainsi que les sources principales utilisées.

Discussion

14h50-15h15 – AMarie Petitjean, Des années 1950 à aujourd’hui : quelles formes pour les arts littéraires exposés ?

Renouveler les études sur le couple Philipe, c’est aussi interroger l’articulation entre le travail sur archives et les formes de médiation et de pratiques artistiques. Pour commencer à en appréhender les contours, AMarie Petitjean, professeure des universités qui porte ce séminaire, interrogera les évolutions de ce que l’on appelle aujourd’hui « la littérature exposée », à partir de quelques éléments de typologie. 

Discussion et bilan de la séance 

N.B. : La séance sera suivie à 15h30 d’une assemblée générale des membres de l’Association Maison d’Anne et Gérard Philipe. (Rejoignez-nous !)

Location de l’exposition “Gérard Philipe, icône de la jeunesse”

L’Association de la Maison d’Anne et Gérard Philipe  propose une exposition sur les liens entre Gérard Philipe et les enfants, en partenariat avec l’institut International Charles Perrault, spécialiste de littérature de jeunesse.

L’exposition se saisit du thème de l’enfance pour présenter les facettes du parcours et de l’engagement du comédien. Elle se penche tout particulièrement sur la trace qu’il a laissée pour des générations d’enfants à travers ses enregistrements sur disques. 


Fiche technique 

L’exposition « Gérard Philipe , icône la jeunesse » est composée à partir d’archives, de témoignages, de documents sonores et visuels. Elle comporte 13 panneaux mobiles sous forme de roll-up, d’une installation facile et rapide. Le montage et démontage sont à effectuer par l’emprunteur.

complément : 

Une séance de médiation culturelle peut être assurée par un animateur-rice spécialisé-e (sur demande).

Pour les plus jeunes, un bandeau de couleur rose se trouve au bas de chaque panneau : il offre des propositions d’activités simples de type recherche d’un détail visuel ou écoute d’un extrait.

Deux panneaux sont réservés aux plus grands (jusqu’au lycée) : les panneaux 10 et 13. Ils peuvent être ôtés de la sélection sans problème. Le dernier panneau, n°13, offre une surprise sous forme de proposition d’écriture. Il permet donc de prolonger l’expostion par un atelier d’écriture.

Chaque panneau est indépendant, même si un ordre a été prévu pour la lecture (ce qui justifie la numérotation). Une sélection de panneaux peut tout à fait être choisie pour une petite exposition (les tarifs restant les mêmes). 

A noter : les adultes, et notamment les personnes âgées, apprécient particulièrement cette exposition. Si les enfants découvrent en Gérard Philipe une personnalité qu’ils ne connaisent généralement pas, il n’en va pas de même pour beaucoup d’adultes, cinéphiles et spectateurs de théâtre avertis, mais aussi “anciens enfants” bercés par la voix de Gérard Philipe ou qui ont gardé des souvenirs de spectacles….

Médiation-animation : 200 € pour 1 heure + frais de déplacement et d’hébergement (le cas échéant)
Durée du prêt : 1 mois  (négociable)
Les frais d’expédition et de retour sont à la charge de la structure accueillante. Les frais annexes (expédition et assurance) seront stipulés dans le contrat de location.

Pour nous contacter 

Association de la Maison d’Anne et Gérard Philipe : amdagp95@gmail.com 

Institut International Charles Perrault : communication.iicp@club-internet.fr 


fac-similé des 12 premiers panneaux pour consultation

Commissaire de l’exposition : AMarie Petitjean

Gérard Philipe et le festival de Cannes

On le sait : Gérard Philipe est un enfant de Cannes. Il y est né le 4 décembre 1922. Et il est enterré non loin de là, dans le petit village de Ramatuel. Mais a-t-il connu le festival de Cannes ?

On peut faire remonter la naissance du festival de cinéma avant la guerre, au moment où les alliés, indignés par la victoire à la Mostra de Venise du film de propagande nazie « Les dieux du stade », décident de créer un autre festival du film, mais la première édition a Cannes a véritablement lieu en 1946. Le festival est ainsi autant une cristallisation de l’après-guerre que ne l’est la figure de Gérard Philipe.

Trois de ses films ont été présentés à Cannes :

  • « Juliette ou la clef des songes » en 1951
  • « Fanfan la tulipe » en 1952
  • « Monsieur Ripois » en 1953
Paris Match, 1972

Retour de colloque : des admiratrices….

Des étudiants de CY Cergy Paris Université ont rédigé des textes créatifs à la suite du colloque « Gérard Philipe, le devenir d’un mythe » qui s’est tenu à l’université et à la BnF les 2 et 3 décembre 2023.

Voici la manière dont Bruno Cappelle, du DU « écriture créative et métiers de la rédaction », nous parle des admiratrices de Gérard Philipe :

Annick et Gérard

« Oh ! toi, toi, toi… » Voilà ce que j’entendais jusqu’à présent à l’évocation de Gérard Philipe. J’entendais la voix gouailleuse de Madame Delmarre, une enseignante de français peu conventionnelle, surtout dans un lycée privé du Vieux-Lille, de surcroit dirigé par une religieuse, fut-elle en civil. J’entendais ce râle de désir, exagérément exprimé du haut de l’estrade, en position assise, tête renversée, bras écartés – les jambes aussi, dans la mesure de ce que permettait la courte jupe. Impossible cependant de me rappeler si nous étudiions Le Cid ou Ruy Blas. Les deux peut-être. Car durant l’année scolaire 1993-94, Madame Delmarre convoqua souvent la figure de Gérard Philipe face à ses élèves de seconde, et râla donc souvent devant eux, qui ne tardèrent pas à identifier là une forme de comique de répétition – notion acquise l’année précédente grâce à Molière et à l’austère Madame Rouannet. 

En arrivant dans l’amphithéâtre Simone Veil de l’université de Cergy le vendredi 2 décembre 2022 à 9h30, je savais donc déjà que Gérard Philipe avait été un comédien remarquable, du moins dans sa dimension plastique. Pour le reste, la découverte serait totale, à l’exception de l’identité de l’épouse de notre objet d’étude. Car si Madame Delmarre s’était bien gardée de nous parler de sa rivale Anne Philipe, la modeste bibliothèque parentale comprenait à l’époque un exemplaire de l’édition de poche du Temps d’un soupir – celle avec une photo de coucher de soleil sur une plage en couverture –, dont j’avais lu la rapide présentation au dos.

Samedi 3 décembre 2022, deuxième jour de grève à la SNCF. 18h30, je quitte Paris à bord d’un bus surchauffé. En route vers Lille, je ne repense ni à mes pieds gelés dans l’amphithéâtre cergyssois, ni à mon amnésie fessière sur les chaises trop dures de la salle de conférence de la pimpante BnF. Non. Je pense à Madame Delmarre. À vrai dire, j’envoie d’abord un message au groupe WhatsApp des Cappelle pour savoir si le best-seller d’Anne est toujours dans le patrimoine familial. Mais très vite, oui, je pense à Madame Delmarre. Se peut-il qu’elle ait applaudi Gérard Philipe sur scène ? Après un rapide calcul mental, je me dis qu’elle a plus sûrement vu Fanfan la Tulipe à la télévision. Et qu’elle a peut-être écouté Pierre et le Loup avec sa fille – près de 30 ans après, je n’ai pas oublié le prénom de cette dernière : Cunégonde. Quel dommage. Pas pour Cunégonde, pour sa maman. Car je ne doute pas un instant que le fonds constitué de courriers d’admiratrices et d’admirateurs compterait aujourd’hui une 76e lettre, signée Annick. Annick, c’est la mère de Cunégonde.

Ce fonds est une petite merveille. Les quelques extraits lus par Julia Gros de Gasquet déclinent d’une manière vivante et sensible les différents nuances de l’admiration que peut éprouver le public envers la vedette. J’y vois une matière extraordinaire pour un livre de voix ou une fiction documentée. Un chœur de fans, avec sa polyphonie et ses solos. Qu’en penseraient les ayants droit ? Et Olivia Rosenthal ?

Et voilà, les questions dans ma tête, en spirale. Est-ce qu’à l’heure des réseaux sociaux les artistes reçoivent encore de vrais courriers ? Les plus jeunes verbalisent-ils encore l’émotion que leur procure la création artistique ? Qui sont les idoles aujourd’hui ? Existe-t-il une star parmi les comédiennes et comédiens actuels ? L’artiste conserve-t-il les témoignages qu’il reçoit ? Tous ? Certains seulement ? Lesquels ? Pourquoi ?

Et puis Anne. Jalouse, fière, agacée, amusée ?

Gérard. Ému, étonné, inquiet, débordé ?

Ouvrir, lire, trier, répondre, archiver. Qui, quand, comment ?

Faites un exercice.

Pensez à une personnalité vivante que vous admirez.

Que lui écrivez-vous ?

Elle ne vous répondra pas. Pourquoi lui écrivez-vous quand même ?

Le bus ralentit, les lumières d’Euralille se font plus précises. J’abandonne mes questions, peut-être feront-elles un bout de chemin. J’en garde juste une avec moi. Juste une dont je sais qu’aucun colloque jamais ne voudra.

Trouvera-t-on un jour, dans les archives de la BnF, la lettre d’Annick à un certain Francis H. ?

Bruno Cappelle

                                    

Caravanes d’Asie : une lecture à renouveler

(le livre)

Lorsque l’on ouvre aujourd’hui Caravanes d’Asie, l’incroyable audace de la voyageuse saute au visage, autant que le sérieux du compte rendu et la précision des notations. Récit autobiographique chronologique, adoptant le rythme lent et précautionneux du caravanier à travers des paysages grandioses, il commence par des précisions historiques et géopolitiques qui permettent de situer la région du Sin-Kiang en la dégageant de la gangue des représentations romantiques de « la route de la soie » :

« Mais je n’aime pas les contes de fées. Je lus donc des livres. » (Avant-propos, p. 1). 

L’on se plaît à imaginer Anne Philipe assise à son bureau face à la baie vitrée de la maison de Cergy, compulsant de la documentation pour nourrir le récit intime qu’elle va nous faire de son incroyable parcours d’il y a sept ans, alors qu’elle était encore Nicole Fourcade. Le voyage commence à Nankin et se termine à Karachi, d’avril à juillet 1948. Il est ponctué en ritournelle par l’inévitable question des hôtes de passage : « Pourquoi venez-vous au Sin-Kiang ? », à laquelle le couple Fourcade étroitement confondu en un « nous » qui interpelle, répond invariablement :

« Nous ne voulions pas rentrer en France directement ; nous avons pensé que rejoindre l’Inde en caravane à travers le Sin-Kiang et les Pamirs serait intéressant et beau ». 

Racontée sans esbrouffe et au plus près de l’expérience vécue, l’aventure ne peut que happer le lecteur contemporain. Le récit n’est pas seulement « intéressant et beau », il se fait immersif une fois passée l’introduction, en instaurant sans ambages un pacte de sincérité d’une exceptionnelle puissance. Nous voici à dos de cheval sur l’à-pic de la montagne, dans la touffeur enfumée d’une maison de torchis, dans le bruissement d’une oasis, dans l’appartement retiré de l’épouse du Mir. Si le récit gagne en tension, ce n’est pas par stratégie narrative, mais parce que la prise de risque gagne en intensité et devient extrême en pleine guerre frontalière et entre les mains de guides malveillants. Le détail est tout du long premier. Il permet de saisir le goût du plat où chacun puise, le pas de l’âne qui bute sur les cailloux, la chaleur de la tasse de thé offerte à l’étape, la puanteur de l’animal abandonné dans le ravin. Aucun lyrisme, finalement peu de descriptions de paysages. Le regard capte avant tout le regard de l’autre et dessine une incroyable galerie de portraits des compagnons de route, qui font écho aux photographies en noir et blanc. La conclusion fait explicitement de cette traversée d’un désert, qui est le cœur du voyage, une quête humaniste :

« Ce voyage qui se déroula le plus souvent au fin fond de la solitude m’a paradoxalement aidée à découvrir l’importance de la personne humaine et la merveilleuse force créatrice de l’homme. 

Je sais maintenant que vivre en solitaire est aussi impossible que vivre sans respirer et que rien n’est plus beau ni plus satisfaisant que les rapports humains : amour, amitié, camaraderie, sympathie. » [je souligne].

Ces derniers mots de l’ouvrage résonnent bien tragiquement pour les lecteurs avertis du deuil qu’Anne Philipe aura à affronter. Les lecteurs de 1955, quant à eux, les ont certainement lus en y décelant une coloration communiste connue du personnage médiatique. En témoigne la précaution du directeur de la collection, Paul-Émile Victor, dans une note préliminaire terriblement condescendante:

« Certaines conclusions de son livre ont un caractère politique. Aussi bien lui donnent-elles son accent particulier. Je ne souscris pas à ces conclusions. Mais puisque l’auteur assume ses responsabilités avec la grâce qui fut sienne pendant ses voyages, je n’ai pas songé à lui demander d’atténuer en rien sa liberté d’expression. »

De géopolitique, il est bien question au fil de ces pages, de tensions entre peuples, entre langues, entre religions, mais certainement pas de filtre idéologique déviant la narration. C’est au contraire la neutralité du compte-rendu, depuis la position explicite de l’étrangère occidentale parfaitement décalée dans cet environnement, qui rend l’ouvrage si résistant à une lecture actualisante. Femme dans un univers d’hommes, occidentale sans être assimilée aux colons, athée écoutant les prières quotidiennes vers la Mecque, reçue en amie secourable sous la yourte comme en invitée de marque dans le fortin militaire, la position d’Anne Philipe lui permet de transcrire en observatrice privilégiée de multiples facettes d’une région du monde très sensible aux bouleversements géostratégiques. La région se situe alors au carrefour du puissant voisin soviétique, de la Chine sur le point d’annexer le Tibet, du tout nouveau Pakistan à peine libéré de l’emprise anglaise et déjà en guerre contre les Sikhs et les Hindous. Et ce n’est pas la moindre des qualités pour la lecture d’aujourd’hui que de réaliser que ce récit retrace un périple dans la région des Ouigours, juste avant la politique invasive chinoise.

On a pourtant sans doute parlé trop rapidement de récit ethnographique, à propos de Caravanes d’Asie, en voyant dans le texte, comme dans le documentaire filmé projeté grâce au soutien du Musée de l’Homme et de l’Institut Français d’Anthropologie, l’équivalent des enquêtes de terrain répondant à une méthodologie encore émergente à cette époque. Certes Anne Philipe a effectivement participé à la promotion du film ethnographique auprès de Jean Rouch. Mais au vu des qualités narratives de l’ouvrage, qui ne se donne aucun objectif de description exhaustive ou problématisée, et au vu du parcours de romancière construit patiemment après la mort de Gérard Philipe, il serait bien intéressant de le situer plutôt dans la lignée des récits de voyage, et en particulier ceux d’Alexandra David-Néel qui emmène sa  « caravane à travers les immenses solitudes thibétaines » à la fin des années 1920[1]. 

Il est d’autre part étrange de constater combien la première réception du récit à la fois met en exergue le caractère unique de ce périple pour une femme et ne reconnaît que de simples qualités de « fraîcheur » au récit. La misogynie insidieuse des années 1950 associée au statut d’épouse d’une célébrité n’ont guère aidé l’autrice à faire reconnaître la qualité de son entreprise littéraire. Claude Roy, en mentor attentif, cherche manifestement le compliment dans sa préface, mais parle de « carnets tenus au jour les jours d’un grand voyage, avec une gentillesse et un naturel qui en sont le premier charme » (préface, p.12) et finit par ce trait qui assassine toute prétention littéraire : « Je ne vois pas de compliment plus vrai ni plus vif à faire à mon amie Anne Philipe, refermés ses carnets de route, que celui-ci : elle est un compagnon de voyage idéal. » (p.13). 

Comment un écrivain aussi aguerri peut-il ne pas reconnaître le travail narratif engagé dans Caravanes d’Asie ? Il est temps que de nouveaux lecteurs se penchent sur ce texte et y reconnaissent une voix plus assurée qu’on ne l’a encore dit. 


[1] Alexandra David-Néel, Voyage d’une Parisienne à Lhassa, 1927.


Pour citer cet article :

AMarie Petitjean, « Caravanes d’Asie : une lecture à renouveler », Maison d’Anne et Gérard Philipe, mis en ligne le 23/12/2022 : https://maisonanneetgerardphilipe.fr/2022/12/23/caravanes-dasie-une-lecture-a-renouveler/.

Campagne de dons de la Fondation du patrimoine

La Fondation du patrimoine est un organisme fondé en 1996 pour le soutien du petit patrimoine français. Elle est organisée en délégations régionales et a vocation à accompagner les projets en aidant à trouver des financements publics et privés. Plus d’informations sur son organisation par ici :

https://www.fondation-patrimoine.org/fondation-du-patrimoine/notre-organisation/la-gouvernance

Une convention a été signée entre la mairie de Cergy, la Fondation du patrimoine et l’AMAGP le 19/10/2022 pour l’animation d’une campagne de dons au profit de la restauration de la maison d’Anne et Gérard Philipe. La campagne a été lancée par le maire de Cergy lors d’une soirée de présentation en présence des différents partenaires, le 29/11/2022 à Visages du Monde.

Nous vous invitons donc à participer en suivant ce lien :

https://www.fondation-patrimoine.org/faire-un-don/maison-de-gerard-philipe